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Miroir étrusque, Pan et deux Ménades

Coup de cœur

Par Bernadette Surleraux

Ce miroir en bronze, comme tant de pièces dans nos musées, a fait un long voyage avant d’arriver au 2e étage, dans la section Antiquité.  Ce bel objet circulaire fut fabriqué en Etrurie au 4e siècle av. J.-C., non pas par un seul artisan mais très probablement par une équipe alliant fondeur, polisseur, graveur et peintre. Ustensile de toilette, instrument de la coquetterie au quotidien, il a reflété, au sein d’une demeure aisée, des visages, mais aussi des espaces intimes, des préparatifs et des retours, peut-être des colères, sans aucun doute des sourires, des moues et des larmes.  Admiré pour son revers sensuellement gravé, ce miroir est passé de main en main, a attendu sur des tables, dormi dans des coffres, avant d’accompagner ses maîtres au tombeau.  Il a alors quitté le soleil des vivants pour côtoyer longtemps la mort au creux de la terre, jusqu’à ce que des archéologues le ressuscitent, au prix d’un coup de pioche malheureux qui a manqué de peu le fendre en deux.

Ainsi, loin de ses origines, la vie lui est revenue : il a à nouveau reflété des images et surtout suscité la contemplation.  Cette fois, il ne s’agit pas pour le spectateur de se retrouver soi-même mais plutôt de rencontrer au dos un monde antique raffiné.  Regardez bien : celui-ci s’anime grâce au tracé précis du graveur, dans l’élégance et la séduction dansante des ménades voilées, dévoilées, sous l’œil fasciné d’un Pan ravi.

Depuis 6 semaines, le Musée L est plongé dans le silence.  L’éclairage n’y est plus que celui du jour et de la nuit.  Le miroir est là, dans l’indifférence de son existence d’objet.  Attend-il une autre résurrection encore ?  A notre retour, nous renverra-t-il l’évidence de nos faiblesses ou le reflet de notre résilience ?  Guérirons-nous en nous laissant aspirer dans cette scène dionysiaque où le présent est pur plaisir ? La joie du miroir nous ramènera-t-elle à notre tour à la vie ?