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La Raccolta du Professeur Mertens

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Un article de Bernard Van den Driessche
paru dans le Courrier n°33 sorti le 01.03.2015, disponible en PDF sur ce site.

Le terme italien de « raccolta » est certainement le meilleur à utiliser pour qualifier l’ensemble de céramique légué en 2009 par Joseph Mertens à notre musée.

Professeur à l’UCL, archéologue tant sur le sol belge qu’italien, J. Mertens (1921 – 2007) n’a certainement jamais voulu constituer une « collection » d’objets archéologiques. Celles et ceux qui l’ont fréquenté sur les nombreux chantiers qu’il dirigea savent en outre que pour lui l’objet avait peu de valeur en tant que tel. Tout son intérêt résidait dans la relation contextuelle : indice pour la compréhension d’une zone urbaine ou funéraire, d’un bâtiment, d’un espace et pour en préciser une chronologie.

Ordona, l’antique Herdonia , situé dans les Pouilles, couvre une zone de 4 km de circonférence sur laquelle plusieurs zones funéraires ont été repérées. Le matériel céramique mis au jour, depuis le début des fouilles en 1962, a été étudié et publié dans un double tome de la série « Ordona » et également par ailleurs. Les objets trouvés hors fouilles et reçus par J. Mertens de la part d’ouvriers et de paysans au tout début des années 1960 sont de ce fait plus aisément datables selon les typologies établies.

S’il a accepté de recevoir de la céramique issue de récoltes hors chantier comme « regalo per il professore – cadeau pour le professeur –, roba da buttare, roba brutta – objet à jeter, objet grossier – » c’est que consciemment ou non il pensait bien qu’un jour ce matériel pourrait rejoindre un fonds didactique, déjà constitué dans des conditions semblables par d’autres collègues de son Alma Mater pour le Département (anciennement « Institut supérieur ») d’archéologie et d’histoire de l’art. Ainsi à la suite du chanoine Ed. Remy, du professeur F. Mayence, mais aussi de l’abbé A. Mignot, de monsieur J. Theodor et de l’abbé Zech, Joseph Mertens contribue aux conditions indispensables de l’étude et de l’enseignement de l’archéologie de l’Antiquité méditerranéenne à l’UCL, à savoir : le contact avec les objets. Ce matériel fait dès à présent l’objet d’exercices, de travaux pratiques ou pourra être la matière d’un mémoire de fin d’étude. Ces pièces permettront en outre, lors de leur présentation temporaire, de faire découvrir une céramique particulièrement attrayante par ses formes et ses décors.

Merci à vous, professeur Mertens, ainsi qu’à votre épouse et vos enfants qui ont également souhaité partager et respecter votre souhait.

La céramique indigène de l’Italie méridionale, qualifiée pour l’occasion de « Japige », a fait l’objet d’une belle exposition à Genève il y a quelques années. Comme les auteurs l’ont justement précisé alors, le terme recouvre la céramique produite par trois populations réparties dans le talon de la botte, sur le bord de la mer Adriatique, du nord au sud, respectivement en Daunie, Peucétie et Messapie. La céramique de la Daunie (« céramique daunienne »), à laquelle relèvent principalement nos objets, est actuellement la mieux étudiée. Les archéologues s’accordent à distinguer trois phases : Daunien I (ca 700-550 av. J.-C.), Daunien II (ca 550-400 av. J.-C.) et Daunien III (ca 400-300 av. J.-C.). La deuxième phase, représentée par plusieurs vases du legs de J. Mertens, constitue l’apogée de cette céramique avec un décor géométrique bichrome et des formes très variées : cratère ou olla, cyathe ou puisette désignés aussi par le terme italien attingitoio ou cornuto, askos ou petite outre oenochoe, cruches ou brocche...
 

La donation Mertens

L’ensemble légué à l’UCL pour son musée comporte 44 vases (y compris de la céramique à vernis noir et de la céramique commune), 2 couvercles, 2 poids de métier à tisser ornés d’impressions, 2 fragments d’antéfixes, une statuette, un tout petit fragment de stèle funéraire ainsi qu’un lot de petits objets en bronze (grandes épingles, fibules ser- pentiformes et autres, boucles de ceinture, spirales, rondelles et autres fragments).

Les pièces les plus significatives sont évidemment les vases dauniens et leurs formes représentatives. Par sa rareté, la pièce la plus exceptionnelle est certainement la petite statuette, malheureusement incomplète, d’une femme qui devait tenir un enfant dans les bras. (Emmanuelle Druart)

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